Depuis la cyber-attaque de novembre 2020, des employé.e.s de la mairie de Bondy attendent le règlement exact de leurs heures travaillées. Comment est-ce possible ?

Il faut que l’équipe municipale soit préoccupée par autre chose que ses employé.e.s.

Mais ce retard est aussi dû, de l’aveu même des cadres de la mairie, à la difficulté de recruter des personnels qualifiés au service de la paie.

Pourquoi ? Les salaires de la fonction publique territoriale sont « peu attractifs », ou pour le dire autrement : ils sont ridiculement bas !

Le débat peut aussi porter sur les conditions de travail, le temps de travail, par exemple.

On le voit dans les secteurs qui ont du mal à recruter : ce sont ces critères qu’il faut changer pour libérer du temps aux salarié.e.s.

La même analyse vaut pour le domaine de la santé : qu’est-ce qu’il faut pour éviter les déserts médicaux qui se généralisent dans le pays et dont nous souffrons déjà à Bondy ? Une revalorisation des salaires, ou des remboursements par la Sécurité sociale, et une baisse du temps de travail.

C’est aussi ce dont il est question dans l’Education nationale, où le nombre de candidats admissibles est inférieur au nombre de postes à pourvoir.

Service public territorial, santé, éducation, un même diagnostic : il est temps de relever les salaires et de réduire le temps de travail pour simplement trouver des candidats aux postes à pourvoir.

Sinon, quoi ? Faut-il se résoudre à voir ces domaines du quotidien vidés de tout contenu ?

Faut-il que la réduction du budget pour alimenter les plus riches aboutisse à la perte de notre qualité de vie ?

Il est temps de redonner de la force au services publics, et pour cela il faut revoir les priorités de l’État : répondre aux besoins sociaux plutôt que satisfaire l’appétit des prédateurs du CAC 40.

 

Record de bénéfices, record de valorisation boursière, record de dividendes et de rachats d’actions. Toujours sous perfusion d’argent public, le CAC40 se porte bien et en fait profiter ses actionnaires.

 

Noyé sous les aides publiques, le CAC40 enchaîne les records depuis le début de l’année 2021. Après avoir approuvé 51 milliards d’euros de dividendes et rachats d’actions au printemps – soit 140 % de ses profits sur l’année -, il a enregistré plus de 57 milliards de bénéfices rien qu’au premier semestre, et surpassé son record historique de valorisation boursière en novembre. Ne sachant apparemment plus quoi faire de tout leur argent, les grandes entreprises françaises se sont mises à racheter massivement leurs propres actions en bourse pour en faire monter le cours.

D’après ses documents financiers, le CAC40 a procédé à 6 milliards de rachats d’actions propres au cours du premier semestre 2021. À partir de l’été, la machine s’est emballée. Selon les informations disponibles, les groupes français devraient procéder à des rachats d’actions supplémentaires pour au moins 11 milliards d’euros – flirtant avec le record annuel de 2007 (19 milliards d’euros), juste avant la crise financière globale. 17 milliards pour valoriser artificiellement le patrimoine de leurs actionnaires par une opération de pure ingénierie financière, qui auraient pu être consacrés à investir dans la transition climatique, à créer des emplois ou à augmenter les salaires.

17 milliards d’euros, c’est aussi de quoi financer 34 hôpitaux publics ou 400 lycées, de quoi employer 320 000 personnes au salaire moyen pendant un an, ou de rénover entièrement 340 000 passoires énergétiques.

Toujours plus d’argent, toujours plus de suppression d’emplois

En mai dernier, l’Observatoire des multinationales avait montré dans le rapport « Allô Bercy ? » [1] comment le gouvernement, en refusant de mettre des conditions aux aides publiques massives débloquées durant la pandémie, avait laissé carte blanche aux grands groupes pour prioriser les dividendes et supprimer des milliers d’emplois. Six mois plus tard, le tableau reste le même, comme le montre une nouvelle note de l’Observatoire des multinationales. Les groupes du CAC40 ont approuvé 3 milliards de dividendes supplémentaires (BNP Paribas, Alstom et Pernod Ricard) et ont commencé à verser des acomptes sur les dividendes 2022, qui s’annoncent spectaculaires. Dans le même temps, malgré la fin annoncée du « quoiqu’il en coûte », les aides publiques Covid ont été maintenues. D’autres viennent s’y ajouter, comme le plan « France 2030 » annoncé par Emmanuel Macron au mois d’octobre, chiffré à 34 milliards d’euros.

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Par Olivier Petitjean

L’Observatoire des multinationales s’associe à des élus, des universitaires et des personnalités de la société civile pour lancer une commission d’enquête parlementaire et citoyenne sur les aides publiques aux entreprises.

Depuis plus d’un an, dans le cadre de son initiative « Allô Bercy ? », l’Observatoire des multinationales s’efforce de mettre en lumière les aides publiques massives débloquées au profit des grandes entreprises à l’occasion de la pandémie. Octroyées sans véritables conditions sociales, fiscales ou écologiques, ces aides sont largement utilisées par le CAC40 pour rémunérer généreusement leurs actionnaires, supprimer des emplois et financer des options technologiques contestables plutôt que de s’attaquer vraiment à la crise climatique [1].

Malgré la fin annoncée du « quoiqu’il en coûte », les aides publiques continuent de couler à flots, comme en témoigne encore le plan « France 2030 » de 34 milliards d’euros annoncé par Emmanuel Macron en octobre 2021. Malgré les records de bénéfices, de dividendes et de rachats d’actions affichés par les grandes entreprises du CAC40, le gouvernement a systématiquement refusé que ces aides soient assorties de conditions contraignantes pour éviter les abus et pour profiter de cette opportunité de transformer en profondeur l’appareil productif. Il cherche aujourd’hui à enterrer le débat, prétextant de l’épidémie et de l’urgence économique pour entériner un hold-up sans précédent d’argent public au profit des grandes entreprises.

Le débat ne doit pas se refermer

Le débat ne doit pas se refermer. C’est pourquoi l’Observatoire des multinationales s’est associé à des parlementaires issus de plusieurs groupes politiques, des experts et représentants de la société civile pour créer une « commission d’enquête parlementaire et citoyenne » sur les aides publiques aux entreprises.

Elle vise à établir un constat partagé et regrouper une série de propositions afin de montrer comment des conditionnalités pourraient constituer un puissant levier de transformation de l’appareil productif en vue de satisfaire des objectifs d’intérêt général : protection de la planète, égalité femmes-hommes, création d’emplois, meilleure répartition de la valeur ajoutée, investissements productifs.

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Par Rachel Knaebel

Dans son dernier livre, Le ministère des contes publics, l’écrivaine Sandra Lucbert décrypte le discours qui tente de justifier la destruction des services publics sous prétexte de bonne santé budgétaire. Entretien.

 

Sandra Lucbert [1] : L’automatisation d’un discours qui rend les dépenses publiques responsables du déficit public – discours que j’appelle LaDettePubliqueC’estMal en un seul mot, puisqu’il s’assène d’un bloc – constitue le schème directeur de toutes nos « politiques publiques » depuis trente ans. Des politiques de destruction méthodique de l’État social. LaDettePubliqueC’estMal maquille une stratégie d’appauvrissement délibéré des services publics, qui vise à les délégitimer en organisant leur inefficacité. Une fois celle-ci établie, la place se trouve déblayée pour les services privés : « L’hôpital public ne marche pas ? Regardez les cliniques privées : tout y fonctionne sur du velours. »

L’histoire de Die est un cas d’école. Fin 2017, la maternité – la plus petite de France – est fermée, après trente ans de combat entre l’État et les populations : l’un estimant la fermeture nécessaire, les autres faisant valoir l’exception géographique. Trente ans pendant lesquels la réduction effective de personnel et de moyens matériels transforme peu à peu la maternité, aux dires mêmes des sages-femmes qui y travaillent, en un lieu trop peu sécurisé pour mener les accouchements dans de bonnes conditions. Cette technique que j’évoquais : rendre un établissement public incapable de remplir ses missions par étouffement économique, et en tirer argument pour le fermer. L’étouffement économique, cependant, sera transfiguré dans la langue : « Nous sommes comptables de la dette publique » – et toute discussion s’arrête de par cet énoncé macroéconomique, et ses corrélats moralisateurs.

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