mega888 Joomla - L’avenir du Groenland, symbole du capitalisme du désastre

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La ruée des États-Unis sur le Groenland incarne le stade avancé du capitalisme où, s’affranchissant du droit et de l’humanité, la quête des ressources, l’appât du gain et le technofascisme attisent la catastrophe écologique.

Donald Trump a beau nier le réchauffement climatique, il sait aussi en tirer des opportunités et des perspectives de profit. Son désir de conquête du Groenland s’inscrit dans une histoire longue du colonialisme, mais la fonte des glaces vient ouvrir de nouveaux possibles. Une terre largement inexploitée s’esquisse à l’horizon. Avec toute sa richesse, ses mines, et ses sources d’énergie.

Le pouvoir étasunien, associé aux milliardaires de la tech, rêve de faire de ce bout de territoire, aux confins du monde, la vitrine d’une société futuriste, libertarienne et extractiviste. On pourrait croire que c’est du délire. Mais de ceux dans lesquels notre époque se complaît. Derrière l’offensive de Donald Trump en Arctique, les barons noirs de la Silicon Valley sont en embuscade. Avec leurs fantasmes technofascistes qui irriguent désormais directement les sphères au pouvoir.

Au Groenland, une future « freedom city » privée ?

Dans son récent livre Le capitalisme de l’apocalypse (ed. du Seuil), le chercheur canadien Quinn Slobodian étudie la sinistre utopie de ces ultrariches qui veulent faire sécession. Le retour de Trump à la Maison Blanche leur donne des ailes. Ils prophétisent désormais la fin de la démocratie libérale et cherchent à créer un capitalisme à l’état pur, débarrassé de toute contrainte sociale. Leur objectif ? Un futur privatisé fait d’enclaves et de cités-États dirigées comme des entreprises.

Depuis plusieurs années, le Groenland est dans leur viseur. Ils rêvent d’en faire une zone économique spéciale et un paradis fiscal. Une « freedom city » (« ville de la liberté ») dont parle ouvertement l’un des grands pontes de la tech, Peter Thiel, le fondateur de PayPal et patron de la firme de surveillance Palantir, grand financeur du trumpisme. Ce libertarien prône la création de ville privées et apatrides, exemptées de taxes.

D’après une enquête de l’agence de presse Reuters, il s’est associé à l’ingénieur informatique et investisseur Marc Andreessen — conseiller informel du désormais dissous Département de l’efficacité gouvernementale (Doge) d’Elon Musk — pour injecter des sommes colossales dans l’entreprise Pronomos Capital qui a lancé plusieurs projets de villes start-up dans le monde.

Pronomos a aussi investi dans une entreprise de construction, Praxis, qui a jeté son dévolu sur le Groenland. Son fondateur, Dryden Brown, s’est rendu sur place en novembre 2024 dans l’objectif d’acheter le territoire. Il en est reparti avec l’idée d’en faire un prototype de colonie martienne, comme il le racontait dans une série de tweets. Un hub où se développerait toute une série de technologies émergentes, des IA aux miniréacteurs nucléaires.

« Les technofascistes ont pris le pouvoir »

Cela pourrait sembler risible, mais c’est très sérieux. Comme le racontent les deux journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, dans leur dernier livre Apocalypse nerds (ed. Divergences, 2025), « les technofascistes ont pris le pouvoir » et ils nous plongent sciemment dans leur « Moyen Âge du futur ».

En tout cas, ils s’en donnent les moyens. Praxis a reçu plus de 525 millions de dollars de financement pour creuser cette idée de « freedom city ». L’ancien associé de Peter Thiel, Ken Howery, a été désigné par Trump pour diriger l’ambassade des États-Unis au Danemark. C’est cet autre libertarien, adepte lui aussi des villes privées, qui est aujourd’hui en train de conduire les négociations pour tenter d’acquérir le Groenland.