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Un rapport d’EDF est bloqué par l’État. Celui-ci démontre que varier la puissance des réacteurs a des limites économiques et techniques. Un document inflammable, à l’heure où l’avenir énergétique du pays est en débat.
Il devait éclairer un débat crucial sur l’avenir énergétique du pays. Il n’est jamais sorti. Depuis des semaines, un rapport interne d’EDF sur la modularité du parc nucléaire français est tenu à l’écart du débat public. Officiellement, pour éviter toute « instrumentalisation ». Officieusement, parce qu’il touche à une ligne de faille devenue trop sensible : jusqu’où peut-on pousser le nucléaire à jouer les variables d’ajustement d’un système électrique bouleversé par l’essor des renouvelables ?
La question n’a rien d’anecdotique. À la veille de la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), ce document interne est devenu un objet politique inflammable, au point de cristalliser des tensions inédites au sein même d’EDF. Selon La Lettre, sa non-parution a provoqué un bras de fer entre la direction du groupe, représentée par Bernard Fontana, et Cédric Lewandowski, responsable du parc nucléaire, favorable à sa publication. Un rapport qui dérange, donc, mais que l’on préfère étouffer.
Un jeu perdant-perdant
Pourtant, sur le fond, le sujet n’a rien de nouveau. « Le parc des réacteurs français peut faire de la modulation de puissance pratiquement depuis sa création », rappelait en 2025 Olivier Dubois, de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) face à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (Opecst). Concrètement, cela signifie que plusieurs réacteurs peuvent passer de 100 % à 20 % de leur puissance en quelques dizaines de minutes, parfois deux fois par jour. Ce « suivi de charge », longtemps marginal, concerne désormais près des deux tiers du parc. Une pratique devenue presque banale à mesure que le solaire et l’éolien injectent sur le réseau une électricité intermittente, prioritaire, impossible à stocker massivement à ce stade.