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Lu sur « Après avoir coupé les moyens, on coupe la tête » : comment le gouvernement démantèle l’Agence bio

« Après avoir coupé les moyens, on coupe la tête » : comment le gouvernement démantèle l’Agence bio

Alors que la consommation de produits bio remonte en France, l’avenir de l’Agence bio est toujours précaire. Budget réduit, directrice licenciée, menace de fermeture… Les acteurs de la filière ne se sentent pas du tout priorisés.

Le bio revient dans nos paniers de course. Les chiffres « montrent une croissance de la consommation de produits bio à domicile de l’ordre de 3 à 4 % en 2025 », se félicitait l’Agence bio lors du Salon de l’agriculture fin février. Par ailleurs, « 59 % des Français déclarent consommer des produits biologiques au moins une fois par mois, soit 5 points de plus qu’en 2024 »indiquait-elle aussi.

Un rayon de soleil pour la bio, enfin. Mais qui ne suffit pas à dissiper les nuages qui planent sur l’Agence bio. En 2025, elle avait commencé l’année avec une menace de suppression et avait enchaîné avec une baisse drastique de ses crédits. Les signaux depuis le début de l’année 2026 sont contradictoires et ne permettent pas d’éloigner le spectre de sa dissolution. Notamment, sa directrice, Laure Verdeau, est en cours de licenciement et devrait être bientôt remplacée.

Cette agence a plusieurs missions : faire connaître l’agriculture bio, structurer les filières, et récolter les chiffres sur son développement — surfaces, nombre de producteurs, consommation, etc. L’efficacité de Laure Verdeau à les mener depuis son embauche il y a cinq ans est saluée par toute la filière. « Elle avait presque doublé le budget de l’agence sous son mandat », dit Loïc Madeline, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). « Et elle a eu le courage de rendre la bio très visible. On ne vire pas la directrice d’une agence qui fonctionne et progresse… »

« Un choix politique que l’on a du mal à s’expliquer »

Les membres du conseil d’administration (CA) ne s’attendaient pas à cette décision. « C’est un choix politique que l’on a du mal à s’expliquer », témoigne Maria Pelletier, représentante du Synabio (le syndicat des entreprises d’agro-alimentaire bio) au CA de l’Agence bio.

Le ministère de l’Agriculture estime de son côté que le mandat de cinq ans de la directrice arrivait à échéance, et que « le processus en cours s’inscrit dans un cadre normal et transparent, conforme aux règles de gouvernance de l’établissement ».

Cette nouvelle, annoncée fin 2025 au conseil d’administration de l’Agence bio par le ministère de l’Agriculture [1], est venue couronner une année noire pour l’organisme. Elle avait commencé en janvier 2025 avec le vote, par les sénateurs, d’un amendement au projet de loi de finances proposé par Laurent Duplomb, de suppression de l’Agence bio. Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, avait jugé l’idée « évidemment intéressante et même tout à fait pertinente ». Elle n’avait cependant pas survécu à la commission mixte paritaire.

Crédits coupés

Sauvée de justesse, l’Agence bio avait ensuite essuyé, en mai, des coupes majeures dans son budget, juste au moment où elle s’apprêtait à célébrer les 40 ans du label agriculture biologique. Près de 15 millions d’euros de crédits ont été supprimés. Dont 5 millions qui devaient financer la campagne de communication « C’est bio la France », qui démarrait à peine. Prévue sur trois ans, avec spot TV et affichage, voilà qu’elle risquait de ne durer qu’un an.

Le reste des crédits coupés l’étaient sur le Fonds avenir bio, qui finance des projets de transformation et de structuration des filières bio. Il a ainsi vu ses crédits divisés par deux, de 18 à 8,7 millions d’euros. Il est pourtant vu comme essentiel par les acteurs du bio, et a par exemple financé 25 projets en 2025, dont une organisation de producteurs de légumes, une usine d’alimentation animale, une association d’accompagnement des cantines scolaires vers le bio, une autre de développement des semences paysannes de légumes adaptées au bio et au changement climatique, etc.

Le ministère de l’Agriculture avait défendu ces coupes budgétaires comme un retour à la normale, alors que le Fonds avenir bio avait été financé par le plan de relance et « des moyens consacrés à la planification écologique ».

« Je conteste le procès anti-bio qu’on fait à mon ministère »

Reste que face à cet amoncellement de signes d’hostilité envers l’Agence bio, la ministre de l’Agriculture a encore été questionnée, pendant le salon de l’Agriculture. Elle s’est expliquée dans les colonnes du Républicain lorrain« Je conteste le procès anti-bio qu’on fait à mon ministère », a-t-elle déclaré. « Le bio, c’est pour moi une grande politique du ministère, mais qui ne se résume pas à la situation de l’Agence bio, dont j’ai augmenté le budget d’un million d’euros pour 2026. »

Plus précisément, un peu plus de 800 000 euros ont été attribués à l’organisme pour sauver la campagne « C’est bio la France », qui pourra donc se faire a minima en 2026. Quant au Fonds avenir bio, ses moyens restent divisés par deux par rapport à début 2025 avec 8,8 millions d’euros à distribuer en 2026.

Une agence toujours pas sauvée

Ce budget, « n’est pas à la hauteur de ce qu’on espérait mais n’est pas catastrophique », estime Philippe Henry, agriculteur et représentant de la Fnab au CA de l’Agence bio. Pour lui, c’est le signe que « l’existence de l’agence n’est plus menacée ». En 2026, oui, mais pour la suite ? Le contexte politique reste très incertain, et le gouvernement semble ne pas avoir totalement abandonné l’idée de supprimer l’agence.

Le 19 janvier dernier, de nombreuses organisations professionnelles de la filière bio s’émouvaient dans une lettre ouverte d’apprendre que la suppression de l’Agence figurait « parmi les pistes envisagées dans le cadre de la feuille de route gouvernementale de simplification de l’action publique ». Elle pourrait être intégrée « au sein de France Agrimer » et une partie de ses missions transférée vers l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao).

« Si les missions de l’agence sont transférées vers France Agrimer et l’Inao, on va être noyés dans des filières qui ne se préoccupent pas du bio », s’inquiète Loïc Madeline. « La trajectoire est claire : après avoir coupé les moyens puis la tête, on s’oriente vers un démantèlement de l’institution », a réagi le Synadis bio, le syndicat des magasins spécialisés bio, dans un communiqué.

« C’est le moment de soutenir le marché du bio »

Il signale aussi que malgré ses « demandes répétées » tout au long de 2025, le CA de l’Agence bio n’a jamais été reçu par son ministère de tutelle. En signe de protestation contre ces mauvais présages, la présidente de ce syndicat, Christelle le Hir, a démissionné de son poste de vice-présidente de l’Agence bio début février. Un mois plus tard, « nous n’avons reçu aucun d’accusé de réception de cette démission de la part de la ministre », note le syndicat.

Les déclarations rassurantes d’Annie Genevard lors du salon de l’Agriculture ne l’ont pas apaisée. « Dans son discours sur la souveraineté alimentaire lors du salon, elle n’a pas eu un mot sur la bio. C’est une agriculture qu’elle ne priorise pas du tout », affirme Christelle Le Hir. « Pourtant, le marché du bio est en train de sortir de la crise, c’est le moment de le soutenir. Et l’Agence bio est le bon moyen. »

Maria Pelletier, elle, assure que malgré cette note, « aucune fermeture n’est annoncée ». Tout en reconnaissant que la plus grande inconnue est sans doute le contexte politique : « Aujourd’hui, les gouvernements, les ministres… Tout bouge très vite. »