Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération paysanne, revient sur la mobilisation aux revendications multiples du monde de l’agriculture, en France et en Europe. Pour elle, il faut dénoncer clairement l’ultralibéralisme et les politiques publiques mises en place.

 
« La rémunération du travail des paysans est au cœur de la colère »
Blocage de la circulation sur la route départementale 137 entre Rennes et Saint-Malo pour protester contre la fiscalité et la baisse des revenus, près de Tinteniac le 24 janvier 2024.
© DAMIEN MEYER / AFP
 

La grogne est devenue colère. Depuis quelques semaines, les agriculteurs se révoltent dans plusieurs pays d’Europe : Pays-Bas, Roumanie, Pologne, Royaume-Uni, Allemagne… En France, des petits gestes de « ras-le-bol » sont apparus dès l’automne : les panneaux d’entrée de nombreuses villes étaient retournés, afin de montrer que, pour le monde agricole, « on marche sur la tête ». Cette initiative pour créer le buzz sans gêner a été lancée par la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) et les Jeunes Agriculteurs (JA) du Tarn, puis s’est propagée dans toutes les campagnes.

 

La mobilisation s’est durcie mi-janvier, notamment en Occitanie avec le blocage de l’A64 par des centaines de tracteurs et de camions. La FNSEA a annoncé des actions dans près de 85 départements d’ici à la fin de cette semaine. Les raisons de la colère sont nombreuses et complexes : la hausse progressive de la fiscalité sur le gazole non routier (GNR), la flambée des coûts de production, la concurrence des importations ukrainiennes, le poids des démarches administratives… Et, pour certains, les nouvelles réglementations pour la protection de l’environnement ajoutent des difficultés dans leur quotidien.

 

D’ailleurs, des bâtiments liés aux politiques écologiques ont été ciblés lors des mobilisations, comme la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) à Carcassonne, soufflée par une explosion. Des tags « CAV », le Comité d’action viticole, ont été retrouvés sur les murs. Pour Laurence Marandola, porte-parole du syndicat de la Confédération paysanne, la mobilisation massive pour réclamer un revenu décent et digne est légitime. Mais elle dénonce les tentatives de détournement des causes des difficultés des paysans pour dénigrer la transition écologique du monde agricole.

Pourquoi la colère du monde agricole surgit-elle aujourd’hui ?

Laurence Marandola : Cette colère apparaît publiquement depuis quelques jours mais ce n’est pas une surprise. On l’a vue venir depuis des mois. Même s’il y a beaucoup de revendications très différentes (difficultés sanitaires avec la maladie hémorragique épizootique qui touche les élevages bovins, la grippe aviaire, les conséquences des tempêtes, les normes…), il y a un dénominateur commun : la question du revenu et de la rémunération du travail des paysans. Nous sommes effectivement dans un contexte global marqué par des crises, des difficultés environnementales, géopolitiques, mais surtout économiques qui engendrent des inégalités.

Des décennies d’ultralibéralisation de l’agriculture et de l’alimentation ont affaibli la protection commerciale, la régulation des marchés. À chaque fois, le travail des paysans et le prix des produits sont la variable d’ajustement : 200 fermes disparaissent chaque semaine en France ! Derrière ce chiffre, ce sont des femmes et des hommes qui ont travaillé dur, toute leur vie, et qui se retrouvent condamnés à arrêter. Ces politiques d’ultralibéralisme s’accentuent et les livrent de plus en plus à une concurrence acharnée. Tous les matins, des agriculteurs dans notre pays s’agrandissent et absorbent la ferme de leur voisin. C’était presque écrit qu’on en arriverait là tôt ou tard, en France, en Europe, et probablement partout dans le monde.

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