Tri des déchets : des salariés sans-papiers en grève

Les entreprises de Seine-Saint-Denis essuient tour à tour des mouvements de grèves des sans papiers. Depuis l’implication des syndicats, et notamment de la CGT, les travailleurs non régularisés ont gagné en légitimité et surtout, en moyen d’action. Tous les secteurs en pénurie de mains d’œuvre sont touchés. Après l’Hôtellerie et le Bâtiment, la filière Déchets subit à son tour des mouvements de grèves.


Les travailleurs sans papiers n’hésitent plus à sortir de l’ombre. Amorcé le 15 avril dernier par l’implication déterminante de la CGT, le vaste mouvement de grève qui touche les entreprises de Seine-Saint-Denis porte ses fruits. Déjà, sur les 1700 dossiers déposés à la préfecture, un millier de travailleurs ont obtenu un titre de séjour d’au moins trois mois. Cette mobilisation fait suite à la circulaire envoyée en janvier 2008 par Brice Hortefeux aux préfets de Régions, les engageant à faciliter les régularisations pour les secteurs en pénurie de main d’œuvre. Et la filière du traitement des déchets n’échappe pas à ce mouvement. Depuis le début de l’été,  pas moins de quatre sites ont été occupés par des salariés en attente de papiers. Derniers en date, sept salariés de l’entreprise de tri La Corbeille bleue basée à La Courneuve, se sont mis en grève lundi 29 septembre, pour obtenir les promesses d’embauches nécessaires à leur régularisation.

Traitement sauvage des déchets

Ce même jour, la préfecture a émis deux arrêtés contre l’entrepreneur de la société Sanir-PLMT, l’un pour mise en demeure, le second pour prescription de remise en état du terrain. Cette décision intervient après de longues semaines de bras de fer entre les salariés sans-papiers et leur patron. Combat qui a abouti à la régularisation de sept des quatorze grévistes, et qui a également révélé un scandale sanitaire jusqu’ici négligé par les autorités. Le gérant de cette société de démolition  installée aux Pavillons-sous-bois, est en effet accusé de d’avoir stocké et brûlé  ses déchets sans autorisation. Et surtout, d’avoir mélangé des plaques de fibrociment amianté aux gravas destinés à la déchetterie. Selon les employés, le patron refusait de payer pour le traitement de ces déchets, dires aussitôt démentis par l’intéressé.

D’après Vincent Duguet, membre de l’association Bondy Autrement, le patron aurait également utilisé ces déchets amiantés pour les incorporer à des matériaux de terrassement. « Des dizaines de gens du coin ne savent pas qu’il marchent sur une terrasse amiantée ! Pourtant, les autorités locales étaient au courant depuis un moment : la boîte avait été verbalisée par la police municipale pour brûlage sauvage. Les uns et les autres ont attendu que ça deviennent énorme pour agir. » Même l’Hôpital Jean Verdier, situé à 200 mètres du terrain de « traitement » des déchets, ne semble pas s’être inquiété outre mesure. « On a tracté, pour les informer de la situation, mais de toute façon, tous leurs bâtiments sont déjà amiantés, alors… » Outre le recours fréquents aux travailleurs sans papiers dans un secteur en mal de main d’œuvre qualifiée, l’affaire Sanir-PLMT pointe également les risques sanitaires et environnementaux que génèrent de telles pratiques.


La privatisation du secteur incriminée

Les petits entrepreneurs sont loin d’être les seuls à recourir aux sans-papiers. Au mois d’août dernier, quinze travailleurs du centre de tri des déchets de Romainville se sont mis en grève pour réclamer leur régularisation. Leurs patrons s’appellent Veolia et Urbaser. Propriétaire du site de Romainville, premier centre de tri à grande capacité de France, le Syctom (Syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l’agglomération parisienne) en avait confié la gestion à Veolia, remplacée en juin 2008 par la multinationale espagnole Urbaser, avec délégation de service public. D’après la CGT-Educ’action 93, certains des travailleurs étaient employés depuis plus de dix ans pour le compte de Veolia, par le biais de contrats d’intérimaires, pratique interdite par le Code du Travail. Le syndicat dénonce la responsabilité du Syctom, rappelant que les grévistes avaient mis en demeure « les quelques 60 élus du Syctom de faire cesser l’hypocrisie et la fraude chez leurs prestataires. » Depuis, les sans-papiers ont levé le camp le 6 septembre dernier, après que sept d’entre eux ont obtenu un accord de réintégration et d’embauche leur permettant de déposer leurs dossiers de régularisation à la préfecture.

Anne Farthouat
Mis en ligne le : 03/10/2008
 
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