Fiona : retour sur les médias


Nous mettons en ligne deux articles qui traitent de l'affaire Fiona. L'occasion de revenir sur un thème que nous avons souvent eu l'occasion de traiter : les médias. Merci aux sites d'ACRIMED et d'Arrêts sur image pour leur apport à une citoyenneté active.

Meurtre de la jeune Fiona et journalisme de proximité


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Déclarée disparue depuis plusieurs mois, la jeune Fiona est morte, selon les aveux de sa mère, sous les coups portés par l’ami de celle-ci : un fait divers tragique qui mobilise l’attention des grands médias (et fait la « Une » des JT télévisés), friands de feuilletons à rebondissement, comme le fut et l’est encore « L’affaire Grégory » [1]. Comment ne pas se tenir à l’écart du festin médiatique, lorsque, quotidien régional, on reste voué pour l’essentiel à l’information de proximité ? Plus exactement : comment transformer en information de proximité un drame dont l’écho est national ? Le Journal du Centre a trouvé la solution….

Ainsi, Le Journal du Centre, basé à Nevers et diffusant dans la Nièvre, parvient, tout en restant fidèle à sa vocation de proximité, à faire sa « Une » sur un fait divers se déroulant… dans le Puy-de-Dôme [2] !

Il aura suffi au quotidien local que le beau-père de la fillette disparue, accusé du crime, ait « vécu à Nevers une dizaine d’années », pour en faire un « Neversois », étaler sa photo en première page et transformer cette stupéfiante révélation en information principale du jour. Une nouvelle preuve qu’un appétit insatiable pour les faits divers, surtout les plus sordides, couplé à une recherche constante du « scoop » réduisent la capacité des journalistes à hiérarchiser l’information à une fable et l’actualité à une bouillie…

Notes

[1] Du nom de Grégory Villemin, un enfant de quatre ans victime les 16 octobre 1984 d’une assassinat dont le coupable n’a pas été découvert. Lire ici même : « Faits divers et diversions : les dessous médiatiques de l’ “affaire Villemin” », compte-rendu d’un « Jeudi d’Acrimed », avec Laurence Lacour, auteure d’un ouvrage consacré à la frénésie médiatique autour de cette « affaire » : Le bûcher des innocents, Paris, Plon, 1993.

[2] Ce département, proche de la Nièvre, bénéficie du journal La Montagne qui appartient au même groupe de presse - Centre Presse - que Le Journal du Centre.


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Et l'article d'Arrêts sur image :

Dans l'ordre : Fiona, Duflot, Hollande

Par Daniel Schneidermann 

A en croire la petite musique, la cause est entendue : sur les Roms, l'irresponsable, la mais-faites-la-taire, la qu'elle-se-mêle-donc-de-ses-oignons-et-de-ses-isolations, c'est Duflot, qui accuse Valls de "mettre en danger le pacte républicain". Et le politique droit dans la tempête, le capitaine courage regardant en face la rude réalité, c'est Valls. Valls qui n'a "jamais varié", à en croire par exemple le directeur de Marianne, invité de BFM dans le rôle de l'alibi "de gauche". Jamais varié ? Hum. Regardez ce montage du HuffPost, qui montre dans toute leur splendeur les sinuosités du politicien. Mais non. La gaffe, c'est Duflot. Le couac, c'est Duflot. Et d'ailleurs, croient savoir les bien informés, Hollande est d'accord avec Valls. Secrètement, à sa manière, selon ce qu'ont cru comprendre les hollandologues les plus avertis, il soutiendrait la "vocation" des Roms à l'expulsion en Roumanie. Ainsi se cristallise une grande ligue des "raisonnables", des "réalistes", contre les "belles âmes".

Sans doute, dans la coulisse, les choses sont-elles plus complexes. Ecoutons par exemple cette confidence à La Croix d'un conseiller du premier ministre «Nous avons pour objectif de “désethniciser” la question, même s’il ne faut pas être naïf en niant les différences culturelles. Mais dans la hiérarchie des difficultés liées aux Roms, les difficultés économiques et sociales viennent en première position. Une bonne part de cette population vient comme beaucoup de migrants en France pour trouver un avenir meilleur.» Au fond, il ne dit rien d'autre que ce que concluait notre enquête d'hier : pourquoi l'insertion des Roms ne fonctionne-t-elle pas, ce qui constitue le fond de la question ? Parce que sous l'affichage de grandes politiques d'insertion, l'administration a multiplié, sous les pas de ceux qui souhaiteraient travailler, les tracasseries bureaucratiques inutiles. Ne l'oublions pas.

D'autant plus irresponsable, la Duflot, qu'elle a osé commettre son sacrilège, rendez-vous compte, un jour quasi-ferié : le jour du retour de Hollande à Florange. Le Jour du Respect des Promesses. A en croire les confidences gazouillantes du Hollande Tour journalistique, l'Entourage était furieux. Comment donc, l'hystérique allait rapter l'ouverture des 20 Heures, quasi-préemptée par les images du président entouré d'une marée ouvrière (enfin disons, une marée de gilets orange) ? Quel scandale !

A l'heure dite, on était donc devant les access prime trimes, ce champ de bataille pré-vespéral et stratégique, où se dissout la journée écoulée dans les rires, les applaudissements, et les débauches de tons pastels, attendant le résultat de ce match haletant : entre Duflot et Hollande, qui serait le roi de la soirée ? Innocents que nous étions tous ! C'était compter sans les outisders, la petite Fiona, son beau-père meurtrier, et sa maman complice. Relégués, Hollande et ses gilets oranges, Duflot et ses grands principes : la mère monstrueuse était sur tous les écrans, sanglotant en gros plan dans les images d'archives sur sa fille disparue, offerte à la haine de tout le pays. Duflot terminait deuxième, et Hollande troisième. La télé rappelait son implacable hiérarchie.

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