Par le site Arrêts sur image

Tiens, à froid, sans réfléchir, je vous pose la question : dans votre région, qu'a changé la fusion des listes à gauche dans le programme des candidats socialistes au second tour des régionales ? En quoi ce programme s'est-il, le cas échéant, "verdi" ? En Ile de France, par exemple, saviez-vous que le programme de Bartolone inclut désormais "un an d'abonnement Navigo gratuit pour l'abandon d'un véhicule polluant" ? Et aussi "une redevance poids lourd en transit" ? Et aussi un -mystérieux-  renforcement des aides pour la pratique du vélo ? Si vous ne le saviez pas, vous avez une excuse. Tous ces aspects secondaires n'intéressent pas le concert médiatique. Vous avez bien davantage de chances d'avoir été exposé aux noms d'oiseaux que s'envoient classiquement, dans les dernières heures de campagne, Bartolone et Pécresse, ou aux sondages girouettes sur "les chances du Front National", qu'à des développements sur les programmes des candidats. Et si je tire ces informations d'un petit article du Monde (1), il est bien discret dans le fracas des cymbales.


Rien de nouveau. Dans les medias traditionnels, la vie politique est le domaine réservé d'une catégorie particulière de journalistes : les journalistes politiques. Et un journaliste politique qui se respecte se contrefiche du pass Navigo, des lignes TER, ou des possibilités d'arriver à 100% d'électricité renouvelable à l'horizon 2050 (2), sujets bien moins glorieux, bien moins fructujeux en "reprises", que les longues dissertations sur l'émergence du tripartisme, les relations tante-nièce, ou les calculs-du-coup-d'après-de-François-Hollande. A leur décharge, ces medias traditionnels objecteront que ces promesses de campagne sont faites pour ne pas être tenues, ce qui est d'autant plus vrai qu'eux-mêmes se désintéressent totalement du devenir des mêmes promesses -à la notable exception, encore, du Monde, dont il faut saluer la courageuse recension (3) des promesses tenues et non tenues, qui nous permet d'ailleurs de savoir que la majorité de gauche sortante du conseil régional d'Ile de France s'est parfaitement assise (4) sur la promesse d'une augmentation de 50% du budget des énergies renouvelables.


Ce biais des grands medias d'information est-il politiquement "neutre" ? Il pourrait le sembler. Après tout, à première vue, cette obsession médiatique por les courses de petits chevaux, n'a aucune raison d'avantager tel ou tel parti. Mais il ne l'est évidemment pas. Sous-traitant, dans une élection régionale par exemple, les rares domaines de vraie compétence de la région, au profit de joutes rhétoriques déconnectées de l'élection, il est vraisemblable qu'il favorise l'abstention, ou au moins ne la décourage pas. Qu'il favorise aussi les candidats faisant campagne sur des thèmes "médiatico-compatibles" (migrants, sécurité) plutôt que ceux qui pourraient être tentés de faire campagne sur des thèmes non compatibles (transports, logement, équipement des lycées). Comme l'expliquait très justement l'an dernier Acrimed (5), ce n'est pas en sur-invitant la famille Le Pen, que le système médiatique favorise structurellement le FN. Pas davantage qu'en oscillant comme un pendule entre diabolisation et dédiabolisation. C'est (parmi de multiples autres causes) en passant sous silence tout ce qui, de près ou de loin, peut toucher à la vie concrète des électeurs.

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