Les élèves de Jean-Renoir qui se sont mobilisés contre de multiples propos racistes l’année dernière ont démontré que notre pays souffrait de racisme systémique.
Cela signifie que malgré notre fierté d’avoir une loi qui interdise le racisme, alors que nous nous comparons assez prétentieusement à des pays comme les États-Unis avec leurs meurtres policiers contre les Noirs trop fréquents, il faut reconnaître que la France est aussi marquée par un passé de crime contre l’humanité, à travers l’esclavage et le colonialisme. Cela a marqué au fer rouge la mentalité collective, il est facile d’en voir de séquelles encore dans le rapport pathologique de certains politiciens avec l’Algérie, les personnes originaires d’Afrique du Nord, les musulmanes et les musulmans, même français, et par analogie avec les habitants des quartiers populaires.
Comme le chantait Jean Ferrat : « il ne faut plus dire qu’en France, on peut dormir à l’abri ».
L’attentat raciste de ce vendredi 23 octobre n’est pas le premier du tout. Nous savons que ce ne sera probablement pas non plus le dernier.
Il dépend de nous de mener une mobilisation unitaire et exigeante sur le contenu, de poursuivre un processus que les jeunes de Jean-Renoir ont déjà bien lancé pour sortir de toutes ces micro-attitudes qui parasitent notre rapport aux étrangers et aux étrangères, à celles et ceux dont la couleur de peau n’est supposément pas assez blanche, à celles et ceux qui sont supposé.e.s être musulmanes ou musulmans, hindou.e.s, juives ou juifs, aux habitantes et aux habitants des quartiers populaires. C’est un combat exigeant parce que ce racisme systémique est présent même dans les comportements qui vont mettre en avant les Français d’origine étrangère, par exemple pour capter des voix de leur supposée communauté.
Quand nous disons qu’il faut un combat exigeant contre le racisme, nous sommes obligés de parler de l’expulsion qui a eu lieu d’un campement Rrom à Bondy Nord, avec des femmes, des vieillards et des enfants même si les hommes adultes auraient aussi le droit d’être considérés comme des personnes. Le racisme contre les Rroms aujourd’hui semble normal dans notre société. Qu’est-ce que l’on sait de leur civilisation ? Qu’est-ce que l’on sait de leur langue, de leur rapports sociaux, de leur musique, de leur littérature, de leur histoire, en particulier de leur génocide, pour à ce point ne pas les considérer comme des personnes ? Mais combien de propos aussi contre les Juifs ou les « pak-paks » a-t-on pu entendre sans que les coupables ne soient sanctionnés ? Bien sûr, le racisme nuit à la nécessaire union du peuple, comme beaucoup d’autres comportements, mais il aboutit à la conséquence bien plus grave de crimes individuels et de crimes de masse.
Seuls les imbéciles ne voient pas que les mesures prises à l’encontre des itinérants puis des étrangers pour les contrôler, les expulser ou les brutaliser, ont ensuite été appliquées à n’importe quel segment de la population que l’État considère comme dangereux.
Lutter contre le racisme en France aujourd’hui c’est préserver les libertés de toutes et tous demain, y compris pour celles et ceux qui ne peuvent pas imaginer en être victimes.