Par Hugo Boursier

Laurent Bonelli, professeur de science politique à l’université de Paris Nanterre, questionne la place centrale de la police dans notre société.

« Police partout, justice nulle part ». Le slogan est connu, il est maintes fois répété en manifestation. Est-il exagéré ? Pas sûr. Laurent Bonelli, directeur de l’ouvrage L’État démantelé (avec Willy Pelletier, La Découverte, 2016) ou auteur La France a peur : une histoire sociale de l’insécurité (La Découverte, 2010), pointe la manière dont les gouvernements successifs, faute de « courage politique », ne réforment pas la police. Pire : ils élargissent son champ d’action. Souvent pour le pire.

Les témoignages que nous avons reçus ont des points communs : violence des forces de l’ordre, corporatisme de la profession, obstacles aux reconstitutions et aux expertises médicales, récurrence des non-lieux… Comment analysez-vous ces attitudes institutionnelles récurrentes ?

Les institutions ont souvent tendance à se protéger. C’est par exemple le cas de l’Église catholique qui, pendant très longtemps, a essayé de contenir ses problèmes en interne. Néanmoins, les forces de l’ordre ont une particularité par rapport aux autres institutions : elles peuvent utiliser la force. Ce n’est pas rien. Les fonctionnaires peuvent légitimement user de la violence sous certaines conditions. La question centrale de nombreuses affaires étant de déterminer si ces conditions étaient réunies, particulièrement en l’absence de témoins extérieurs. La parole des forces de l’ordre bénéficie d’une présomption favorable quand celle des victimes de violences reste entachée de suspicion, particulièrement quand elles appartiennent à des groupes stigmatisés.

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Ce n’est pas un hasard si nombre de controverses émergent lorsque des images montrent, qu’en réalité, le discours policier n’est pas honnête. L’affaire de Nahel est emblématique de ce point de vue. Or l’action des forces de l’ordre est très peu sujette à un regard extérieur. En France, c’est l’autorité policière qui enquête sur les mises en cause de ses propres agents. Cela pose des problèmes sérieux – non pas que l’IGPN et l’IGGN ne fassent rien, elles prennent des sanctions contre des fonctionnaires, notamment en cas de manquements dans leur vie privée.

La parole des forces de l’ordre bénéficie d’une présomption favorable quand celle des victimes de violences reste entachée de suspicion.

Mais dès que l’on arrive sur le terrain de la violence, elles sont extrêmement prudentes. Parfois jusqu’à l’outrance. Et en dernière instance, la justice elle-même est limitée dans ces réponses du fait de sa dépendance structurale de l’autorité policière. Imaginons un instant ce que pourrait être le travail ordinaire d’un procureur ou d’un magistrat enquêteur qui se seraient localement attiré les foudres de la police…

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